Le latin du jardin
Ce livre figure dans ma bibliothèque de proximité, à portée de main quand je suis assis à ma table de travail. Je le consulte régulièrement avec plaisir.
Ophiopogon planiscapus ‘Nigrescens’ sont les termes à employer pour désigner sans le moindre risque d’ambiguïté la vivace à l’étrange feuillage noir. Grâce à ce nom botanique en latin, un achat dans une pépinière d’outre Manche, la visite virtuelle sur Internet d’un jardin viennois ou une discussion entre passionnés dans les allées d’une foire aux plantes de Flandre ne prête à aucune confusion : il s’agit bien de cette plante appelée communément en français “Herbe-aux-turquoises”.
Essentiel dans les travées des pépinières, décliné sur les étiquettes des plantes dans les jardins que nous visitons, le latin des végétaux met nos mémoires à rude épreuve. Que d’oublis, que de confusions, que de télescopages entre termes abscons… La dénomination des plantes, mal nécessaire ou occasion d’un nouveau regard sur son jardin ? Les éditions Larousse ont publié un guide permettant aux jardiniers de percer les mystères de la nomenclature latine et d’ainsi mieux connaître 1500 plantes. Diane Adriaenssen, l’auteur de cet ouvrage, est belge et habite au nord de Bruxelles. Parlant six langues, cette interprète de conférences à la Commission européenne a associé sa passion pour la linguistique à son amour du jardinage pour donner naissance à ce livre comblant un grand vide.
L’héritage de Linné
Toute plante, la plus humble comme la plus rare, possède un nom botanique. C’est Linné qui a codifié au 18e siècle la nomenclature du monde végétal. Les noms sont composés de deux termes. Le premier désigne le genre. Le genre Bellis regroupe une quinzaine de vivaces tapissantes formant une rosette. Celle qui pousse dans nos pelouses et que nous appelons “pâquerette” a été baptisée Bellis perennis. Le second terme du nom botanique permet donc de désigner l’espèce. Comme les jardiniers ont sélectionné de nombreux cultivars, souvent obtenus par croisement, les noms des plantes peuvent être suivis par le nom du cultivar indiqué entre guillemets simples. Ces noms sont donnés par l’obtenteur selon sa fantaisie. Bellis perennis ‘Pomponette’ est une pâquerette ornementale à fleurs doubles. Comment les botanistes ont-ils trouvé un nom pour chaque plante ? Le livre de Diane Adriaenssen nous révèle à quel point les sources d’inspiration furent nombreuses.
Mythologie, explorateurs et bon sens
La mythologie fut une source de premier plan pour le nom des plantes. Un exemple ? Leucothoe était la fille d’un roi de Perse. Apollon fut séduit par sa beauté.
Beaucoup de noms sont des hommages à des botanistes. Près de sa maison, Diane Adriaenssen a planté un Mahonia, un arbuste qu’elle considère comme indispensable pour colorer l’hiver. Le nom de genre Mahonia immortalise Bernard MacMahon (1775-1816). Cet Irlandais qui s’était compromis dans une rébellion contre le gouvernement britannique émigra en Amérique où il fonda le jardin botanique de Philadelphie.
Un grand nombre de noms des plantes sont simplement inspirés par une caractéristique du végétal. Pour une floraison abondante, les lavandes de Diane sont taillées court. Toutes les lavandes s’appellent Lavendula, un nom qui vient de lavare, laver. Autrefois, la lavande était utilisée pour la lessive. Lavandière, le terme désignant une femme qui lave le linge à la main, a la même origine.
Sur les murs des jardins, le jasmin sera bientôt couvert de ses fleurs jaunes. Le jasmin fleurit en hiver sur le bois nu de feuilles. On l’a donc baptisé nudiflorum. Beaucoup de noms latins sont simplement descriptifs, indiquant la forme ou la couleur des feuilles ou des fleurs, le port de la plante, la texture du feuillage… Angustifolia provient de angustus, étroit, et folium, feuille. Les feuilles sont étroites. Sempervirens est formé par semper, toujours, et virens, vert. Le végétal est persistant.
“Quand les noms des plantes ont un sens, c’est tout le jardin qui prend vie” explique Diane Adriaenssen. Nos plantations deviennent une galerie de personnages, nous racontent des histoires et nous révèlent les secrets des plantes.
Le latin de mon jardin, Guide futé de 1500 noms de plantes, Diane Adriaenssen, éditions Larousse, 240 pages, 2003.
Cher Luc,
Je viens de découvrir ce charmant commentaire et la jolie photo automnale. Cela me fait grand plaisir. J’en profite pour vous annoncer qu’une nouvelle version du livre, dans un tout autre format et destiné à un public plus large, sera publié cet automne par Larousse, probablement sous le titre « Le latin au jardin ». J’ai retravaillé les textes pour rendre ce nouveau livre plus accessible encore.
A bientôt,
Diane
Cher Luc,
La nouvelle version du Latin vient de sortir chez Larousse. Il s’appelle maintenant « Le Latin du jardin ». C’est fois-ci, ce petit manuel est vraiment à la portée de tous.
Chère Diane,
Je vois qu’avec un prénom pareil, vos parents vous ont placé sous la protection d’une déesse champêtre (l’ Artémis grecque) et antique à la fois. D’où peut-être votre goût prononcé pour les sources, les racines, et pas que des tubercules ! Je viens de parcourir avec un plaisir non dissimulé votre excellent ouvrage sur « Le Latin du Jardin », qui relance mon goût des langues anciennes (je les enseigne à des collégiens bourguignons) et me donne envie de m’intéresser de plus près aux plantes de mon jardin (bien peu garni, il est vrai, à ce jour !) MERCI de m’avoir ouvert une porte sur un jardin fabuleux, que je partagerai dorénavant un peu avec mes jeunes pousses…